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“Jeter votre dévolu
sur une île, acheter-la à celui qui se fait passer pour son
propriétaire, occupez-la de force, provoquez le départ de nombre de
ses habitants pour assurer votre propre développement, reprochez-lui
après d'être peu habitée, énervez-vous dès qu'elle donne son avis,
soyez généreux avec elle et offrez-lui l'or de l'Espagne pour
qu'elle vous achète ce que vous ne lui avez pas permis de
construire, reprochez-lui sitôt après ses magnétoscopes dans les
chaumières que vous n'avez pas voulu rénover, moquez-vous d'elle, de
sa langue quand elle discute, de ses silences quand elle se tait.
Parlez-lui d'ordre et de développement, en faisant dépendre
successivement l'un de l'autre, et réciproquement. Dites-lui qu'elle
coûte cher, qu'elle est déraisonnable, et que si ça continue, on
vera ce qu'on vera, mais ne faites rien, ou du moins pas grand
chose. Insistez sur le fait que son économie est inexistante au
regard des critères nécessaires de la modernité. Au passage,
critiquez son artisanat qui ignore les normes ISO 9000 et plus.
Savourez secrètement ses charcuteries en proclamant qu'elles
proviennent de cochons en rupture d'abattoirs normalisés. Condamnez
sa façon bruyante d'annuler sur les plages les permis de construire
que vous n'avez pas pu empêcher, tout en reconnaissant en privé que
c'était le seul moyen possible. Acceptez les conférences de presse
et fournissez les cagoules pour la discrétion. Démontrez enfin que
vous n'êtes pas capable de traiter le dossier corse. Démonstration
faite.
Après tout cela, étonnez-vous qu'elle vous en veuille et qu'elle
vous méprise !"
Extrait de “Corse quel avenir : l'indépendance?” de
François-Pierre FRANC-VALLUET |